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Aristote - Le plaisir accompagne la fin

Le plaisir achève (τελειοῖ) l'acte (τὴν ἐνέργειαν), non pas comme l'habitus (ἡ ἕξις) qui y est immanent, mais comme une certaine fin (τι τέλος) qui se produit à la suite (ἐπιγινόμενόν), comme, l'éclat (ἡ ὥρα) extérieur pour ceux qui atteignent la pleine vigueur de l'âge physique (τοῖς ἀκμαίοις).

(Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 4, 1174 b 31-33

τελειοῖ δὲ τὴν ἐνέργειαν ἡ ἡδονὴ οὐχ ὡς ἡ ἕξις ἐνυπάρχουσα, ἀλλ' ὡς ἐπιγινόμενόν τι τέλος, οἷον τοῖς ἀκμαίοις ἡ ὥρα.

 

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Grégoire de Nysse - Béatitude des affligés - La consolation est l'opération propre de l'Esprit-Saint

Grégoire de Nysse, Sermons sur les béatitudes, 3ème sermon, texte grec : GNO, VII, 2, 1992, lignes 10-19, p. 109

Si donc il est bienheureux de posséder, dans les siècles sans limites, une allégresse (εὐφροσύνην) qui ne finit pas et se prolonge à jamais, et s’il faut que la nature humaine goûte (γεύσασθαι) aussi aux états contraires, il n’est plus difficile de saisir l’intention (τὸ βούλημα) de la parole : pourquoi "bienheureux ceux qui pleurent maintenant" ; car ce sont eux qui, dans les siècles sans limites, seront consolés.

Or, la consolation advient de la participation (μετουσίας1) au Consolateur (παρακλήτου) ; car la grâce de la consolation (τῆς παρακλήσεως χάρις) est l'opération propre de l'Esprit (ἰδία τοῦ πνεύματος ἐνέργεια ἐστίν) ; puissions-nous en être trouvés dignes, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui [appartient] la gloire dans les [siècles] sans limites des [siècles] sans limites. Amen. 

ούκοῦν εἰ μακαριστόν ἐστι τὸ ἐν τοῖς ἀπείροις αἰῶσιν ἀτέλεστόν τε καὶ εἰσαεὶ παρατεινομένην τὴν εὐφροσύνην ἔχειν, δεῖ δὲ πάντως γεύσασθαι καὶ τῶν ἐναντίων τὴν ἀνθρωπίνην φύσιν, οὐκέτι χαλεπόν ἐστι συνιδεῖν τοῦ λόγου τὸ βούλημα, διὰ τί μακάριοι οἱ νῦν πενθοῦντες· αὐτοὶ γὰρ εἰς τοὺς ἀπείρους αἰῶνας παρακληθήσονται.

ἡ δὲ παράκλησις ἐκ τῆς τοῦ παρακλήτου μετουσίας γίνεται· ἰδία γὰρ τοῦ πνεύματος ἐνέργεια ἡ τῆς παρακλήσεως χάρις ἐστίν, ἧς καὶ ἡμεῖς ἀξιωθείημεν χάριτι τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ, ᾧ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. ἀμήν.

 

1. μετουσίας, étymologie : μετά (meta), avec, au milieu de, après ; οὐσία (ousia), la substance, l'être.


a. L'édition GNO renvoie les lignes 16-18 à Jn 14,16-17 et 26 ; 15,26 ; 16,7 sqq. ; Actes 9,31.

b. Noter la traduction défectueuse de la collection "Les Pères dans la foi" (1979) : 

Nous puisons la consola­tion dans la communion avec le Consolateur. La consola­tion est, en effet, un don de l’Esprit, qui nous est accordé par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui la gloire dans les éternités des éternités. Amen.

 Le texte de la patrologie grecque (PG44, p. 1232) est pourtant similaire à celui de GNO, ne diffère que sur le plan de la ponctuation.

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Sartre

 

ORESTE

(...) Ah ! un chien, un vieux chien qui se chauffe, couché près du foyer, et qui se soulève un peu, à l'entrée de son maître, en gémissant doucement, pour le saluer, un chien a plus de mémoire que moi : c'est son maître qu'il reconnaît. Son maître. Et qu'est-ce qui est à moi ? Ah ! un chien, un vieux chien qui se chauffe, couché près du foyer, et qui se soulève un peu, à l'entrée de son maître, en gémissant doucement, pour le saluer, un chien a plus de mémoire que moi : c'est son maître qu'il reconnaît. Son maître. Et qu'est-ce qui est à moi ?

LE PÉDAGOGUE

Que faites-vous de la culture, monsieur ? Elle est à vous, votre culture, et je vous l'ai composée avec amour, comme un bouquet, en assortissant les fruits de ma sagesse et les trésors de mon expérience. Ne vous ai-je pas fait, de bonne heure, lire tous les livres pour vous familiariser avec la diversité des opinions humaines et par­ courir cent Etats, en vous remontrant en chaque circonstance comme c'est chose variable que les mœurs des hommes ? A présent vous voilà jeune, riche et beau, avisé comme un vieillard, affran­chi de toutes les servitudes et de toutes les croyances, sans famille, sans patrie, sans reli­gion, sans métier, libre pour tous les engage­ments et sachant qu'il ne faut jamais s'engager, un homme supérieur enfin, capable par surcroît d'enseigner la philosophie ou l'architecture dans une grande ville universitaire, et vous vous plaignez !

ORESTE

Mais non : je ne me plains pas. Je ne peux pas me plaindre : tu m'as laissé la liberté de ces fils que le vent arrache aux toiles d'araignée et qui flottent à dix pieds du sol ; je ne pèse pas plus qu'un fil et je vis en l'air. Je sais que c est une chance et je l'apprécie comme il convient. (Un temps.) Il y a des hommes qui naissent engagés : ils n'ont pas le choix, on les a jetés sur un chemin, au bout du chemin il y a un acte qui les attend, leur acte ; ils vont, et leurs pieds nus pressent fortement la terre et s'écorchent aux cailloux. Ça te paraît vulgaire, à toi, la joie d'aller quelque part ? Et il y en a d'autres, des silencieux, qui sentent au fond de leur cœur le poids d'images troubles et terrestres ; leur vie a été changée parce que, un jour de leur enfance, à cinq ans, à sept ans... C'est bon : ce ne sont pas des hommes supérieurs. Je savais déjà, moi, à sept ans, que j'étais exilé ; les odeurs et les sons, le bruit de la pluie sur les toits, les tremblements de la lumière, je les laissais glisser le long de mon corps et tomber autour de moi ; je savais qu'ils appartenaient aux autres, et que je ne pourrais jamais en faire mes souvenirs. Car les souvenirs sont de grasses nourritures pour ceux qui possèdent les maisons, les bêtes, les domesti­ques et les champs. Mais moi... Moi, je suis libre, Dieu merci. Ah ! comme je suis libre. Et quelle superbe absence que mon âme. (Les Mouches, 1947, pp. 122-123)

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