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Grégoire de Nysse - Béatitude des affligés - La consolation est l'opération propre de l'Esprit-Saint

Grégoire de Nysse, Sermons sur les béatitudes, 3ème sermon, texte grec : GNO, VII, 2, 1992, lignes 10-19, p. 109

Si donc il est bienheureux de posséder, dans les siècles sans limites, une allégresse (εὐφροσύνην) qui ne finit pas et se prolonge à jamais, et s’il faut que la nature humaine goûte (γεύσασθαι) aussi aux états contraires, il n’est plus difficile de saisir l’intention (τὸ βούλημα) de la parole : pourquoi "bienheureux ceux qui pleurent maintenant" ; car ce sont eux qui, dans les siècles sans limites, seront consolés.

Or, la consolation advient de la participation (μετουσίας1) au Consolateur (παρακλήτου) ; car la grâce de la consolation (τῆς παρακλήσεως χάρις) est l'opération propre de l'Esprit (ἰδία τοῦ πνεύματος ἐνέργεια ἐστίν) ; puissions-nous en être trouvés dignes, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui [appartient] la gloire dans les [siècles] sans limites des [siècles] sans limites. Amen. 

ούκοῦν εἰ μακαριστόν ἐστι τὸ ἐν τοῖς ἀπείροις αἰῶσιν ἀτέλεστόν τε καὶ εἰσαεὶ παρατεινομένην τὴν εὐφροσύνην ἔχειν, δεῖ δὲ πάντως γεύσασθαι καὶ τῶν ἐναντίων τὴν ἀνθρωπίνην φύσιν, οὐκέτι χαλεπόν ἐστι συνιδεῖν τοῦ λόγου τὸ βούλημα, διὰ τί μακάριοι οἱ νῦν πενθοῦντες· αὐτοὶ γὰρ εἰς τοὺς ἀπείρους αἰῶνας παρακληθήσονται.

ἡ δὲ παράκλησις ἐκ τῆς τοῦ παρακλήτου μετουσίας γίνεται· ἰδία γὰρ τοῦ πνεύματος ἐνέργεια ἡ τῆς παρακλήσεως χάρις ἐστίν, ἧς καὶ ἡμεῖς ἀξιωθείημεν χάριτι τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ, ᾧ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. ἀμήν.

 

1. μετουσίας, étymologie : μετά (meta), avec, au milieu de, après ; οὐσία (ousia), la substance, l'être.


a. L'édition GNO renvoie les lignes 16-18 à Jn 14,16-17 et 26 ; 15,26 ; 16,7 sqq. ; Actes 9,31.

b. Noter la traduction défectueuse de la collection "Les Pères dans la foi" (1979) : 

Nous puisons la consola­tion dans la communion avec le Consolateur. La consola­tion est, en effet, un don de l’Esprit, qui nous est accordé par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui la gloire dans les éternités des éternités. Amen.

 Le texte de la patrologie grecque (PG44, p. 1232) est pourtant similaire à celui de GNO, ne diffère que sur le plan de la ponctuation.

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Saint Augustin - La joie de la vérité

Les Confessions

33. Il n’est donc pas certain que tous veuillent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas se réjouir de toi, et c’est la seule vie heureuse qui soit, ne veulent pas vraiment la vie heureuse. Ou peut-être le veulent-ils tous, mais, parce que la chair convoite en sens inverse de l’esprit et l’esprit en sens inverse de la chair, en sorte qu’ils ne font pas ce qu’ils veulent ils retombent dans ce qu’ils peuvent et s’en contentent, car ce qu’ils ne peuvent pas, ils ne le veulent pas autant qu’il faut pour le pouvoir.

En effet, je leur demande à tous s’ils préfèrent se réjouir de la vérité plutôt que du mensonge. Ils n’hésitent pas plus à dire leur préférence pour la vérité, qu’ils n’hésitent à dire leur volonté d’être heureux.

C’est que la vie heureuse est la joie née de la vérité ? ; car c’est la joie née de toi, qui es la vérité, Dieu, ma lumière, le salut de ma face, mon Dieu ! Cette vie heureuse, tout le monde la veut ; cette vie qui seule est heureuse, tout le monde la veut ; la joie de la vérité, tout le monde la veut.

J’ai connu bien des gens qui voulaient tromper ; mais être trompé, personne. Où donc ont-ils pris connaissance de cette vie heureuse, sinon là même où ils ont pris con- naissance de la vérité ? Car ils aiment aussi la vérité elle-même, puisqu’ils ne veulent pas être trompés ; et, lorsqu’ils aiment la vie heureuse qui n’est pas autre chose que la joie de la vérité, ils aiment évidemment aussi la vérité ; et ils ne l’aimeraient pas, s’ils n’avaient d’elle quelque notion dans leur mémoire. Pourquoi donc ne se réjouissent-ils pas en elle ?

Pourquoi ne sont-ils pas heureux ? C’est que d’autres choses les accaparent plus fortement et les rendent plus mal- heureux que ne les rend heureux le faible souvenir de la vérité. Il y a encore, en effet, un peu de lumière sur les hommes ; qu’ils marchent, qu’ils marchent de peur que les ténèbres ne les saisissent.

23. 33. Non ergo certum est, quod omnes esse beati volunt, quoniam qui non de te gaudere volunt, quae sola vita beata est, non utique beatam vitam volunt. An omnes hoc volunt, sed quoniam caro concupiscit adversus spiritum et spiritus adversus carnem, ut non faciant quod volunt 61, cadunt in id quod valent eoque contenti sunt, quia illud, quod non valent, non tantum volunt, quantum sat est, ut valeant?

Nam quaero ab omnibus, utrum malint de veritate quam de falsitate gaudere; tam non dubitant dicere de veritate se malle, quam non dubitant dicere beatos esse se velle.

Beata quippe vita est gaudium de veritate. Hoc est enim gaudium de te, qui Veritas es 62, Deus, illuminatio mea 63, salus faciei meae, Deus meus 64. Hanc vitam beatam omnes volunt, hanc vitam, quae sola beata est, omnes volunt, gaudium de veritate omnes volunt.

Multos expertus sum, qui vellent fallere, qui autem falli, neminem. Ubi ergo noverunt hanc vitam beatam, nisi ubi noverunt etiam veritatem? Amant enim et ipsam, quia falli nolunt, et cum amant beatam vitam, quod non est aliud quam de veritate gaudium, utique amant etiam veritatem nec amarent, nisi esset aliqua notitia eius in memoria eorum. Cur ergo non de illa gaudent?

Cur non beati sunt? Quia fortius occupantur in aliis, quae potius eos faciunt miseros quam illud beatos, quod tenuiter meminerunt. Adhuc enim modicum lumen est in hominibus; ambulent, ambulent, ne tenebrae comprehendant 65.

 

34. Mais pourquoi la vérité enfante-t-elle la haine, et l’homme qui est tien devient-il un ennemi pour eux en prêchant la vérité, puisqu’on aime la vie heureuse qui n’est autre chose que la joie de la vérité ? Pourquoi ? sinon parce qu’on aime la vérité de telle façon que ceux qui aiment autre chose veulent que ce qu’ils aiment soit la vérité ; aussi, parce qu’ils n’admettraient pas de se tromper, ils n’admettent pas d’être convaincus qu’ils se sont trompés.

C’est ainsi qu’ils haïssent la vérité à cause de cette autre chose qu’ils prennent pour la vérité et qu’ils aiment. Ils aiment la vérité quand elle brille, ils la hais- sent quand elle accuse ; car, ne voulant pas être trompés et voulant tromper, ils l’aiment quand elle se signale, elle, et la haïssent quand elle les signale, eux. Voici comment elle les rétribuera : ils ne veulent pas qu’elle les dévoile, elle les dévoilera sans qu’ils le veuillent, et elle-même pour eux restera voilée.

Voilà, voilà, oui voilà l’esprit humain ! Oui le voilà, aveugle et sans vigueur, honteux et sans honneur, qui veut rester caché mais ne veut pas que rien lui reste caché ! Il est payé à rebours : lui-même ne reste pas... caché à la vérité, mais à lui la vérité reste cachée.

Pourtant, tel que le voilà, misérable comme il est, il aime mieux trouver sa joie dans le vrai que dans le faux. Il sera donc heureux lorsque, tout embarras cessant, celle-là même par qui tout est vrai, la seule vérité, fera sa joie.

23. 34. Cur autem veritas parit odium 66, et inimicus eis factus est homo tuus verum praedicans 67, cum ametur beata vita, quae non est nisi gaudium de veritate, nisi quia sic amatur veritas, ut, quicumque aliud amant, hoc quod amant velint esse veritatem, et quia falli nollent, nolunt convinci, quod falsi sint?

Itaque propter eam rem oderunt veritatem, quam pro veritate amant. Amant eam lucentem, oderunt eam redarguentem 68. Quia enim falli nolunt et fallere volunt, amant eam, cum se ipsa indicat, et oderunt eam, cum eos ipsos indicat. Inde retribuet eis, ut, qui se ab ea manifestari nolunt, et eos nolentes manifestet et eis ipsa non sit manifesta.

Sic, sic, etiam sic animus humanus, etiam sic caecus et languidus, turpis atque indecens latere vult, se autem ut lateat aliquid non vult. Contra illi redditur, ut ipse non lateat veritatem, ipsum autem veritas lateat.

Tamen etiam sic, dum miser est, veris mavult gaudere quam falsis. Beatus ergo erit, si nulla interpellante molestia de ipsa, per quam vera sunt omnia, sola veritate gaudebit.

 

La cité de Dieu, XIX, 19 (trad. Gemini revue)

Or, de ces trois genres de vie — la vie de loisir, la vie active, et celle composée des deux — bien que chacun puisse, la foi étant sauve, mener sa vie dans n’importe lequel d’entre eux et parvenir aux récompenses éternelles, il importe cependant de savoir ce que l'on possède par amour de la vérité, et ce que l'on dépense par devoir de charité.

Personne ne doit se livrer au loisir au point de ne pas songer, dans ce loisir même, à l'utilité du prochain ; ni actif au point de ne pas requérir la contemplation de Dieu. Dans le loisir, ce n'est pas une vacance désoeuvrée (iners) qui doit délecter, mais soit la recherche, soit la découverte de la vérité, afin que chacun y progresse et n'envie pas à autrui ce qu'il aura trouvé. Dans l'action, en revanche, ce n'est pas l'honneur dans cette vie ou la puissance qu'il faut aimer — car tout est vanité sous le soleil — mais l'œuvre elle-même, qui s'accomplit par ce même honneur ou cette puissance, si elle se fait avec droiture et utilité, c'est-à-dire pour qu'elle soit valable pour ce salut des subordonnés qui est selon Dieu, sujet dont nous avons déjà disputé plus haut.

C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Celui qui désire l'épiscopat, désire une œuvre bonne ». Il a voulu exposer ce qu'est l'épiscopat, car c'est le nom d'une œuvre, non d'un honneur. C'est en effet un terme grec, tiré de ce que celui qui est préposé à d'autres « sur-intend » (superintendit) à ceux auxquels il est préposé, en gérant, s'entend, leur soin ; skopos en effet signifie « attention » ; par conséquent, si nous le voulons, nous pouvons dire en latin « sur-intendre », afin que l'on comprenne qu'il n'est pas évêque, celui qui aura aimé présider (praeesse) plutôt que de profiter (prodesse) aux autres.

Ainsi, nul n'est interdit de l'étude de la vérité à connaître, ce qui appartient au loisir louable ; mais la place supérieure, sans laquelle le peuple ne peut être régi — même si elle est tenue et administrée comme il convient — [ne saurait être] désirée de manière indécente.

C'est pourquoi le saint loisir est cherché par amour (caritas) de la vérité ; l'occupation (negotium) juste est assumée par la nécessité de la charité. Si personne n'impose ce fardeau, il faut vaquer à rechercher (percipiendae) et à contempler (intuendae) la vérité ; si en revanche il est imposé, il doit être reçu à cause de la nécessité de la charité ; mais même ainsi, la délectation de la vérité ne doit en aucune manière être désertée, de peur que ne soit soustraite cette douceur (suavitas) et que ne nous opprime (opprimat) cette nécessité [de la charité].

 Ex tribus vero illis vitae generibus, otioso, actuoso et ex utroque composito, quamvis salva fide quisque possit in quolibet eorum vitam ducere et ad sempiterna praemia pervenire, interest tamen quid amore teneat veritatis, quid officio caritatis impendat.

Nec sic esse quisque debet otiosus, ut in eodem otio utilitatem non cogitet proximi, nec sic actuosus, ut contemplationem non requirat Dei. In otio non iners vacatio delectare debet, sed aut inquisitio aut inventio veritatis, ut in ea quisque proficiat et quod invenerit ne alteri invideat. In actione vero non amandus est honor in hac vita sive potentia, quoniam omnia vana sub sole 54, sed opus ipsum, quod per eumdem honorem vel potentiam fit, si recte atque utiliter fit, id est, ut valeat ad eam salutem subditorum, quae secundum Deum est; unde iam superius disputavimus 55.

Propter quod ait Apostolus: Qui episcopatum desiderat, bonum opus desiderat 56. Exponere voluit quid sit episcopatus, quia nomen est operis, non honoris. Graecum est enim atque inde ductum vocabulum, quod ille qui praeficitur eis quibus praeficitur superintendit, curam scilicet eorum gerens; skopos quippe "intentio" est; ergo , si velimus, Latine "superintendere" possumus dicere, ut intellegat non se esse episcopum, qui praeesse dilexerit, non prodesse.

Itaque ab studio cognoscendae veritatis nemo prohibetur, quod ad laudabile pertinet otium; locus vero superior, sine quo regi populus non potest, etsi ita teneatur atque administretur ut decet, tamen indecenter appetitur.

Quamobrem otium sanctum quaerit caritas veritatis; negotium iustum suscipit necessitas caritatis. Quam sarcinam si nullus imponit, percipiendae atque intuendae vacandum est veritati; si autem imponitur, suscipienda est propter caritatis necessitatem; sed nec sic omni modo veritatis delectatio deserenda est, ne subtrahatur illa suavitas et opprimat ista necessitas.


Trad. grand public du dernier paragraphe :

Ainsi, l’amour de la vérité conduit à un saint loisir, tandis que la charité, par nécessité, engage dans l’action. Si personne n’impose cette charge, il faut se consacrer à connaître et à contempler la vérité ; mais si elle est imposée, il faut l’accepter par exigence de la charité. Toutefois, même alors, il ne faut jamais abandonner entièrement la joie de la vérité, de peur de perdre cette douceur et d’être accablé par le poids des obligations.

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